Saint François d'Assise

La jeunesse de Saint François

C’est à Assise, fin 1181 ou début 1182, que naquit François. Au moment de sa naissance, son père, Pietro di Bernardone, riche marchand drapier d’Assise, se trouvait en France pour négocier draps et étoffes. Sa mère, de la Provence française, Dona Joanna Pica le fait baptiser sous le nom  de Giovanni (Jean en l’honneur de Jean-Baptiste) dans la cathédrale St Ruffin. De retour de son voyage de France, où il a fait de très bonnes affaires et en hommage à ce pays, son père lui donne le nom de Francesco (petit Français) qu’il gardera et par lequel il sera mondialement connu. 

 

A cette époque, fin de la féodalité,  les habitants des villes se regroupent en communes libres :

  • Liberté de s’administrer elles-mêmes
  • Libre circulation des biens et des personnes
  • Egalité dans les rapports humains.

Le XIIIe siècle est “le siècle du retour à l’or”. La richesse n’est plus de posséder de la terre mais de l’argent : on passe d’un monde rural lié à la terre, basé sur la vassalité, à un monde urbain, monde en mouvement, fondé sur l’esprit d’association. Ce monde, propre aux marchands, est battu en brèche par l’esprit de gain, la passion de l’argent et du pouvoir qui engendrent de nouvelles inégalités et de nouvelles oppressions.

 

C’est dans ce contexte social que parait François d’Assise, issu du monde des communes, dont il partage l’idéal et la liberté. Il déborde d’une immense joie de vivre. Il aime faire la fête et s’y entend pour les organiser et les animer. Il gagne beaucoup d’argent et le dépense avec prodigalité. Il aime les rencontres et les contacts. Il rêve de gloire et de puissance.

 

Lors d’un conflit entre Pérouse et Assise, en 1202, François participe au combat et est fait prisonnier. A son retour de captivité, il tombe gravement malade. Temps pour lui de solitude, de silence, de réflexion… il découvre le vide de sa vie. 

La conversion de François

Petit à petit, François ressent une présence mystérieuse en lui… il prend conscience de la détresse du monde et devient de plus en plus attentif à la misère qui l’entoure. Il mesure, dorénavant, les ravages de l’argent. François fait un chemin de conversion, il supplie Dieu de l’éclairer et de lui montrer la voie qu’il doit suivre. François est toujours à l’écoute de la réponse qui se refuse à sa prière…

 … Il sent tout à coup resplendir une lumière : c’est Dieu enfin qui lui parle.

 

En 1205, dans la solitude et la pénombre de la petite chapelle de St Damien, il se laisse envahir par la présence et la tendresse de Dieu, au plus profond de lui-même :

“Or un jour qu’il était ainsi en prière devant l’image du Crucifié, il entendit soudain celui-ci l’appeler par son nom : <François, lui disait-il, va, répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine.> Abasourdi, revenu de son émoi, il pensa, dans la simplicité de son cœur, que le Crucifié lui demandait de restaurer ce sanctuaire vétuste et croulant. Sans se poser plus de questions, il se mit immédiatement à l’ouvrage.” (Eloi Leclerc – Retour à l’Evangile).

 

Son père ne comprend vraiment pas ce qui se passe en son fils : il délaisse le commerce et les fêtes pour fréquenter les lépreux, les mendiants, dépenser de l’argent pour restaurer de vieilles chapelles… Ce n’était point l’ambition que son père avait pour lui !

“Tant qu’il s’était agi de faire la fête avec ses amis, le père avait fermé les yeux sur les dépenses de son fils. Mais cette fois, quand il apprit à quoi devait servir l’argent de ses draps, il devint fou de rage.” (E. Leclerc – Retour à l’Evangile) 

 

Un jour, pour se procurer l’argent nécessaire pour la restauration de la chapelle St Damien, François n’hésite pas à aller vendre au marché de Foligno quelques belles pièces de draps, prises au comptoir de son père, ainsi qu’un cheval. Dépité, son père va déposer plainte auprès des magistrats. Mais François en appelle au tribunal ecclésiastique et se présente devant l’évêque Guido qui lui dit : “Ton père se plaint amèrement de toi et sa colère est immense. Si, comme tu l’affirmes, tu veux être serviteur de Dieu, rends-lui l’argent qui lui appartient. Dieu ne veut pas que tu t’en serves pour le bien de l’Eglise. Prends courage, le Seigneur viendra à ton aide et te donnera abondamment pour la reconstruction de l’église”. François  rend non seulement tout l’argent à son père mais aussi tous ses vêtements et c’est nu qu’il peut dire en toute liberté : “Jusqu’ici je t’ai appelé mon père sur la terre, mais dorénavant je dirai : Notre Père qui es aux cieux, et c’est en Lui que je mets toute ma confiance et que je dépose ma volonté. Et c’est lui seul que je servirai.” L’évêque le recouvre de son manteau et le conduit au palais épiscopal. 

 

François s’installant à St Damien, se consacre dorénavant à la restauration de plusieurs chapelles.

Naissance de l'Ordre Franciscain

Dans la petite chapelle de Sainte Marie de la Portioncule, qu’il venait de restaurer, il assista à la messe et entendit l’Evangile de St Matthieu sur l’envoi en mission des disciples : “Allez, dit Jésus, proclamez que le Règne des cieux s’est approché… N’emportez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures, ni sac de voyage, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton…” (10, 5-10). Après s’être fait expliquer ce passage de l’Evangile par le prêtre, François s’écria : “Voilà ce que je veux, voilà ce que je désire de tout mon cœur.” Il venait de comprendre sa vocation. Le Seigneur ne lui demandait pas de réparer les églises mais de revenir à l’Evangile, dans la mission et la pauvreté, d’aller par les villes, les villages et les maisons apporter cette Bonne Nouvelle en annonçant la Paix, la réconciliation. Il part, aussitôt, tout joyeux, dans la pauvreté, se mêler aux hommes, les chercher là où ils sont et là où ils en sont, pour leur annoncer qu’ils sont aimés de Dieu. 

 

Quelques habitants d’Assise, interpellés par sa prédication et son exemple, se joignirent à lui pour  partager cette existence simple et remplie de l’amour du Christ. Il n’a pas cherché à fonder un ordre religieux, mais il s’est réjoui que des frères, de toute condition, le rejoignent pour vivre concrètement la “Fraternité”. 

 

François écrira dans son testament : “Après que le Seigneur m’eût donné des frères, personne ne me montrait ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon la forme du St Evangile.”

En 1209, la petite fraternité se compose d’une douzaine de frères. Ils veulent être des petits, des “Minores” au sein de la société mais aussi de l’Eglise, en opposition aux “Majores” qui, eux, détenaient le pouvoir économique, politique …etc… 

François dit : “Je veux que notre Fraternité s’appelle l’Ordre des Frères Mineurs”. Et s’ils ont reçu le nom de “Mineurs” c’est pour qu’ils ne soient jamais envahis par le désir de devenir importants et surtout éviter d’être au-dessus des autres. Leur vocation première est de rester petit et essayer de suivre l’humilité du Christ.

 

Dans cette nouvelle forme de vie évangélique, les rapports humains changent : il n’y a plus ni dominants, ni dominés, ni riches, ni pauvres, ni intellectuels, ni illettrés, mais seulement des frères attentifs les uns aux autres, sous le regard du Père, qui désirent suivre l’humilité et la pauvreté de Notre Seigneur Jésus Christ.  Seule l’affection mutuelle qu’ils se portent peut assurer la cohésion, la paix et la joie au sein de la Fraternité. 

 

Leur vie est ponctuée par la prière, la louange, le travail manuel et l’annonce de l’Evangile sur les routes. Vie pauvre et itinérante, “Pèlerins en ce monde“. 

François, avec ses compagnons, se rend à Rome présenter une courte Règle au Pape Innocent III qui approuvera de vive voix leur genre de vie. Au retour de Rome, François et ses frères séjourneront dans une masure à Rivo Torto, près d’Assise. Après en avoir été chassés, ils iront s’installer à Sainte Marie des Anges, dite “la Portioncule”, petite chapelle restaurée par François et donnée par les Bénédictins de Subasio.

 

La Portioncule devient le “berceau” de l’Ordre des Frères Mineurs.

 

Rapidement des Fraternités se répandent dans toute l’Europe.

 

Plus tard, il devra réécrire une Règle, plus précise, pour qu’il y ait une certaine cohérence entre toutes les Fraternités. En 1223, elle sera adoptée par le Chapitre Général des Frères Mineurs et approuvée par le Pape Honorius III.

L'Ordre des Pauvres Dames

Claire, fille aînée d’Ortolane et de Favarone d’Offreduiccio, de la noblesse d’Assise, écoutait passionnément  François quand il venait prêcher dans la Cathédrale St Ruffin, parlant avec un tel charisme et une telle conviction de l’amour de Dieu, de la pénitence, du mépris des richesses. 

Dès l’enfance, elle avait mené une vie tournée vers Dieu et vers les pauvres et connaissait François  par son cousin Ruffin qui avait rejoint les Frères Mineurs. En 1212, voulant fuir cette vie mondaine, le dimanche des Rameaux, alors qu’elle avait 18 ans, elle prit la décision de s’enfuir, dans la nuit, avec sa cousine Pacifica, pour rejoindre François et les frères, qui les attendaient à Sainte Marie des Anges. 

Rejointe par sa sœur et sa mère peu de temps après et, plus tard, par d’autres jeunes femmes. Claire fondera, à St Damien, l’Ordre des Pauvres Dames (Sœurs Clarisses).

L'amour de St François pour les créatures de Dieu

François n’avait pas seulement de la compassion pour les hommes mais aussi pour toutes les créatures et spécialement les oiseaux, les poissons, les fourmis, les abeilles, les lapins, les agneaux et les loups. Il les reconnaissait comme étant des créatures de Dieu et c’est pour cette raison là qu’il les appelait “frères et sœurs”.


“On avait construit sur une montagne une cellule où le serviteur de Dieu passa tout un Carême dans la pénitence la plus rigoureuse. Une fois achevé ce laps de temps, il quitta l’endroit et la cellule resta sans occupant dans cette solitude. Or le saint y avait laissé le bol de terre cuite dont il se servait pour boire ; et un jour, quelques hommes venus en ce lieu par dévotion pour le saint, trouvèrent ce bol occupé par  des abeilles ; elles y fabriquaient avec un art admirable leurs alvéoles et leur miel, symbole de la douceur que le saint avait éprouvée dans sa contemplation de Dieu”. (2C 169)(son biographe Celano)

Embarquement de François pour la Syrie

Lors de la cinquième croisade, en juin 1219, François, avec frère Illuminé, s’embarque pour St Jean d’Acre et Damiette. Il désire rencontrer le Sultan Malik al Kamil pour lui prêcher la foi en Dieu Trinité. Le Sultan l’écoute avec attention et respect. Mais François  n’arrivera pas à le convertir et refusera les cadeaux que le Sultan voulait lui offrir. Voyant la foi et la simplicité de François, Le Sultan lui donna des laisser-passer pour que les chrétiens puissent se rendre dans les lieux saints et il lui demanda de prier pour lui.

L'Ordre Franciscain Séculier

La forme de  vie et la prédication de François interpellent non seulement des célibataires qui abandonnent tout pour le suivre, mais aussi des couples, des hommes et des femmes mariés, qui veulent  vivre, eux aussi, l’Evangile de la même manière que lui. En créant le “Tiers Ordre”, appelé aujourd’hui l’Ordre Franciscain Séculier, François désire créer un Ordre et non une confrérie religieuse ou une association de charité. Pour ces personnes, il s’agit de vivre l’idéal évangélique d’amour, de paix aussi bien dans la vie familiale qu’au travail et dans les préoccupations quotidiennes. Tous ont conscience d’appartenir à un “Ordre” avec ses privilèges et ses exigences.

Les stigmates

François, avec ses compagnons, s’était rendu, pour un long séjour, au Mont Alverne, isolé et sauvage,  donné par le Comte Roland de Chiusi. 

 

Un matin, à la pointe du jour, tandis qu’il priait, il vit venir à lui, dans le ciel, un être ailé, un Séraphin aux six ailes resplendissantes. […] A ce spectacle l’âme de François se déchira, l’ineffable beauté  du Séraphin le remplissait de joie, mais dans le même temps, la souffrance du crucifié l’attirait. […]

L’angoisse accompagnait l’extase. La Passion et la Gloire, étrangement associées, semblaient fondre sur lui, comme un oiseau de proie. Puis la vision s’effaça. Alors, baissant les yeux vers la terre, il vit dans ses mains les marques des clous. Il était désormais un être blessé, il ne pouvait plus marcher qu’en titubant.”

En redescendant de l’Alverne, une énergie nouvelle s’est emparée de François. Partout où il passait, il lançait un vibrant appel à la paix, à la réconciliation, au renouvellement des relations humaines dans le sens d’une vraie Fraternité.”  (Eloi Leclerc – Retour à l’Evangile).

Le dernier chant

François, presque aveugle, et souffrant atrocement,  proche de la mort, fut emmené par ses frères à St Damien, auprès de Claire et de ses sœurs où on lui construisit une pauvre hutte faite de branchages et de natte. 

Avant son départ vers la maison du Père, il invita toute la création entière à se joindre à lui dans ce chant de louange où il rassemblait toutes choses dans une fraternité universelle. De là, est né le “Cantique de Frère Soleil ou des Créatures “. La Fraternité universelle que chante François n’est pas d’abord un spectacle à contempler, elle est une œuvre à réaliser, un monde à construire.

 

A la fin de l’été 1226, François, étant au plus mal, fut conduit à la Portioncule, lieu du départ de son Ordre.

 Le 3 octobre, comme le Christ dont il porte les plaies, il meurt pauvre et dépouillé. Il monte vers la splendeur de l’éternelle lumière. 



Le miracle  franciscain est né de ces rencontres exceptionnelles de l’Evangile et de l’Histoire…