Le miel dans tous ses états

Protinus aerii mellis caelestia dona exsequar […] Admiranda tibi leuium spectacula rerum dicam.

Je vais maintenant chanter ce cadeau des cieux, le miel aérien. Je te montrerai dans de petits objets un spectacle admirable.

 Virgile, Géorgiques, IV

Virgile commence par ces vers le chapitre 4 des Géorgiques qu’il consacre aux abeilles, peuple industrieux et étonnant qui fabrique ce nectar divin dont l’auteur latin fait l’éloge. Il rappelle la taille microscopique de ces animaux au regard du macrocosme de l’univers. Et pourtant, à travers des passages épiques et bucoliques, il en fait des merveilles de la nature, ouvrières et guerrières qui offrent aux hommes leur doux miel. L’humanité est fascinée depuis des millénaires par cette riche substance : synonyme de sagesse dans la Bible (« voyez donc comme mes yeux se sont éclaircis, parce que j’ai goûté un peu de ce miel. », Samuel, 14, 29) et de la Terre Promise (« dans un pays où coulent le lait et le miel », Exode, 3, 8), de l’intelligence humaine capable de former son propre jugement chez Montaigne ( « Les abeilles pillotent de ça de là les fleurs ; mais elles en font après le miel qui est tout leur ; ce n’est plus thym, ni marjolaine ; ainsi les pièces empruntées d’autrui. » Essais) ou des expériences poétiques, l’essence de la vie et de la mort pour Rainer Maria Rilke (« Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible. »).

Le miel est encore aujourd’hui un doux trésor et les bienfaits de ce nectar sont reconnus par tous : antibactérien, antiinflammatoire, antioxydant, il est un véritable remède contre les maux ; ses vertus énergétiques permettent de prévenir les maladies et d’être en bonne santé ; sans oublier les recettes succulentes que permettent la variété et la richesse de ses saveurs ! D’autres produits de la ruche comme le pollen, la propolis et la gelée royale constituent les trésors issus de la ruche. N’est-il pas incroyable que malgré toutes les avancées scientifiques et médicales, ce nectar naturel reste un produit si essentiel utilisé par les hôpitaux, les sportifs ou mangé pour notre plus grand plaisir ?

L’ABEILLE

Seigneur, préservez-moi, préservez ceux que j’aime,

Frères, parents, amis, et mes ennemis même

Dans le mal triomphant,

De jamais voir, Seigneur, l’été sans fleurs vermeilles,

La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,

La maison sans enfants!…

O vous dont le travail est joie,

Vous qui n’avez pas d’autre proie

Que les parfums, souffles du ciel;

Vous qui fuyez quand vient décembre,

Vous qui dérobez aux fleurs l’ambre

Pour donner aux hommes le miel…

Victor Hugo

Cantique du miel

Le miel est la parole du christ
L’or fondu de son amour,
L’au-delà du nectar,
La momie de la lumière du paradis.

La ruche est une chaste étoile,
Un puit d’ambre alimenté au rythme des abeilles,
Le sein des campagnes, tremblant d’arômes et de bourdonnements…

Le miel est l’épopée de l’amour,
La matérialité de l’infini,
L’âme et le sang plaintif des fleurs
Condensés à travers un autre esprit.

Et le miel de l’homme est la poésie
Qui coule de son cœur endolori,
Rayon dont la cire est le souvenir,
Façonnée par l’abeille la plus intime.

Le miel est la bucolique lointaine
Du pasteur, la flûte et les oliviers,
Le frère du gland et du lait
Qui régnaient en l’âge d’or.

Comme le soleil du matin, le miel
A tout le charme de l’été
Et la fraîcheur ancienne de l’automne.
C’est la feuille morte et le blé.

Ô divine liqueur d’humilité
Aussi sereine qu’un vers primitif !

Tu es l’harmonie incarnée
Et la géniale essence du lyrisme
En toi dort la mélancolie,
Le secret du baiser et du cri.

Ô douceur ! Le doux est ton attribut,
Doux comme le ventre des femmes,
Doux comme les yeux des enfants,
Doux comme l’ombre de la nuit,
Doux comme une voix, ou comme un lys.

Soleil qui éclaires les pas
De celui qui porte la peine et la lyre,
Tu équivaux à toutes les beautés,
A la couleur, à la lumière, à la musique.

Ô divine liqueur de l’espérance
Où l’âme et la matière se marient
Dans un équilibre parfait
Comme l’hostie le corps du Christ et sa lumière.

Tu es des fleurs, l’achèvement suprême,
Ô liqueur, en qui leurs âmes s’unissent !
Qui te goûte ne sait qu’il absorbe
L’essence dorée du lyrisme…

Federico Garcia Lorca (1898 – 1936)